L'historique de la 8mm Lebel En 1884, l’ingénieur Paul Vieille, sous-directeur du Laboratoire des Poudres et Salpêtre, parvient à mettre au point la formule d’une nouvelle poudre « colloïdale » à base de nitrocellulose, dont les caractéristiques constituent une véritable révolution par rapport à la poudre noire : Régularité de combustion, Progressivité, Absence presque totale d’encrassement et de fumée.
Cette poudre, tout d’abord baptisée « poudre V » d’après l’initiale de son inventeur, puis « poudre B », semble-t-il pour des raisons de sécurité (et en relation avec le nom de l’un de ses plus ardents défenseurs, le général Boulanger, ministre de la Guerre) dérive du « coton-poudre » découvert dès 1846, à la fois à Bâle par Schönbein et à Francfort par Böttger. Paul Vieille parvient le premier à « gélatiniser » entièrement ce coton-poudre (ou nitrocellulose) à l’aide d’un mélange dissolvant d’éther et d’alcool, en présence d’un stabilisant, l’alcool amylique, remplacé ultérieurement par de l’aniline, puis, en 1904, par la diphénylamine. Le solvant une fois évaporé, on obtient par laminage des feuilles minces et translucides qui sont débitées en lamelles ou en paillettes de dimensions en relation avec les propriétés recherchées, selon, notamment, le type de vivacité requis. Les paillettes ou grains seront plus tard graphités (plombaginisation) afin d’éviter l’agglomération, opération dite de « lissage à la plombagine ». L’usage des poudres B va permettre de résoudre les principaux problèmes posés par les notions nouvelles de réduction de calibre, de conception d’armes d’infanterie « à répétition » et de chemisage des projectiles. En effet, quoi que les recherches se poursuivent pour une transformation de la cartouche de 11 mm « Gras », dans ce sens (8 mm « Petit Gras », munitions expérimentales en 9 mm, 9,5 mm et 10 mm, etc.), on étudie très sérieusement à la Commission d’Etudes des Armes à Répétition un nouveau modèle de fusil d’infanterie dont les éléments s’inspirent essentiellement des « Kropatschek » de la Marine, sous la forme des armes de Châtellerault, Modèles 1884 et 1885, puis de ce qui va devenir le célèbre « Lebel », mis à l’essai dans la troupe en 1886 et adopté officiellement par décision ministérielle du 22 avril 1887. L’arme résulte de la collaboration de plusieurs spécialistes célèbres dont on retrouvera le nom durant de longues années dans les archives de l’armement français. En tout premier lieu, le colonel Lebel, commandant l’Ecole Normale de Tir de Chalons, qui lui donnera, à son corps défendant, sa dénomination d’usage courant, mais aussi le colonel Gras, inspecteur des Manufactures d’Armes, le colonel Bonnet, responsable du dessin de la culasse, entre autres. La munition est « parrainée » par les mêmes, plus, bien sur, Vieille pour la poudre, le général Tramond, responsable de l’adoption du maillechort pour la chemise du projectile, et le capitaine Désaleux, rapporteur de la Commission, que nous retrouverons plus tard. Dès ce moment, on peut définir les heurs et malheurs de ces décisions. Il est regrettable que le système de répétition adopté soit celui à magasin tubulaire sous le canon, selon les idées de Kropatschek. Celui-ci entrainant un problème d’approvisionnement considérable pour l’utilisateur, alors qu’un même moment, un Von Mannlicher en Autriche et un Paul Mauser en Allemagne finissent de mettre au point deux systèmes bien rationnels (surtout en ce qui concerne le second). Le sacro-saint souci d’économie, traditionnel dans notre armée, demande à ce que l’outillage déjà en place pour la production des cartouches de Gras soit adapté et réutilisé le plus possible, en particulier en conservant à la nouvelle munition un diamètre de culot semblable ou presque. Ceci mène un dessin d’un étui bourreleté de forme étrange, constitué du raccordement de deux troncs de cône, donnant à la cartouche un profil qui plus tard en restreindra considérablement, l’utilisation lors de l’apparition des nouvelles armes dites automatiques, l’illustration type en étant l’invraisemblable chargeur du FM 15 (Chauchat). Le seul avantage finalement obtenu est celui d’une cartouche plus courte que ses concurrentes, intéressante essentiellement dans le cas d’un magasin tubulaire. En effet, la munition occupe dans ce magasin une position oblique, évitant une percussion accidentelle de l’amorce par l’ogive du projectile de la cartouche qui suit. On va donc, hélas, neutraliser les avantages énormes dus à la nouvelle poudre par une attitude rétrograde (et en tous les cas prématurée) dans le choix de l’armement. Cela se fera durement sentir dans les débuts de la Grande Guerre.
Quoi qu’il en soit, nous laisserons là ces considérations pour en revenir à notre sujet, c’est à dire la munition de 8x50R dite « 8 mm Lebel ». On peut définir deux grandes époques dans l’histoire de cette cartouche.
1886-1897 : cartouches Modèle 1886 et 1886 M · 1898 – 1948 : adoption de la balle ogivale Désaleux et évolution ultérieure jusqu’à la dernière année de production.
Pour chacune de ces périodes, nous allons tenter de reprendre les diverses modifications entrée en vigueur, ainsi que les variantes dues à l’apparition des projectiles à structure complexe et des munitions à usage spécialisé. Sauf en de rares occasions, car un ouvrage entier n’y suffirait pas, nous nous contenterons d’esquisser quelques variations expérimentales, intéressantes par leurs éventuelles conséquences. Ce travail pourra ainsi servir de base à l’étude ponctuelle de modèles ayant un intérêt propre, qui pourrait être ultérieurement entreprise. Que les lecteurs nous le pardonne : mêmes si certains thèmes sembleront ici rabâchés pour que l’amateur déjà « au fait », n’oublions pas ceux qui découvriront un domaine encore inexploré pour eux.
Philippe Rengenstreif
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